Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chers esthètes des tangages océaniques, bonjour

Voilà, c’est fait !!! …. Déjà une semaine que nous humons l’océan algueux, que nous savourons la lumière de l’immensité mouillée et que nous nous délectons enfin d’une solitude tant espérée. Certes, il est vrai aussi que nous ne sentons pas la rose, ni le jasmin, que nous n’avons pas vraiment le temps de regarder l’horizon avec tout le travail à faire à bord et qu’une discussion animée d’une heure avec une fourchette en inox doit sûrement relever du syndrome dit du « Beau-père », tant il doit être difficile pour le mien (de beau-père) d’entretenir une conversation suivie digne de ce nom avec sa moitié. De toute manière, il a désormais trouver la solution imparable : il fait semblant d’être sourd.

Mais revenons à ce premier hebdomadiversaire en mer.

Pour moi, cela correspond pile à ma traversée du Cap-Vert. Une belle-navigation au milieu de ces splendides terres immergées à une vitesse que l’on pourrait classifier de marche arrière, tant je perds de places. Ppfffuuuu !!!! … Beaucoup trop près de l’Afrique au départ.

Mon moniteur d’accro-vagues en baie des Sables d’Olonne me le disait toujours « En mer, la mauvaise trajectoire est comme une maîtresse, plus tu y prends goût, plus elle te coûtera cher. »

Bref, il me faut ramer désormais pour rejoindre l’Ouest en espérant y trouver un peu de réconfort alyséien et de compensation venteuse. Rien n’est moins sûr.

 

Par contre, pour ce qui est de ma vie à bord, la journée a été particulièrement faste. J’ai cuisiné mon premier poisson volant. Bien que je n’aime pas ça du tout, je me suis dit qu’un aliment frais ferait le plus grand bien à mon transit intestinal. Tout d’abord, j’ai pensé à le faire cuire sur le petit barbecue fixé au mât. Malheureusement, je n’ai jamais réussi à enflammer une seule allumette. Du moins si … mais dans la cabine. Le temps de revenir au bûcher sacrificiel, les petites torchettes m’avaient cramé les doigts puis s’étaient suicidése dans un dernier spasme carboné.

J’ai jugé bon d’arrêter la plaisanterie après avoir consommé une boîte entière de ces saloperies d’allumettes et une bonne partie de mon stock de pansements. Il était temps d’orienter différemment ma stratégie.

Il était dit alors que la casserole serait alors le dernier linceul pour cet étrange poissonnet.

Heureux de mon idée lumineuse et judicieuse, et inversement, je procédais alors au remplissage du récipient avec l’eau de mer nécessaire et suffisante. La proie fut ensuite montrée comme trophée aux dieux des océans et de la pêche improbable, puis jetée avec satisfaction vers sa sépulture finale.

C’est à ce moment précis que j’ai compris qu’il me manquait deux ou trois éléments primordiaux dans la maîtrise culinaire. En effet, le rigolo à branchies n’était pas mort … loin s’en faut !!! La redécouverte d’un milieu marin, fusse t-il une humble casserole lui donna aussitôt toute sa vivacité. Ayant envoyé balader au sol son petit bassin provisoire, il décida de visiter la cabine après avoir déployer ses deux appendices ailés.

Ni une ni deux, j’attrapais le seul accessoire disponible permettant d’essayer de l’assommer en plein vol : mon clairon. La première tentative ne laissa dans ma main que l’embouchure de mon instrument de musique préféré, pendant que le reste de sa masse cuivrée allait exploser malencontreusement le petit verre de Ricard, servi en guide d‘apéro et posé sur la table de cuisine. Le deuxième essai, avec juste la main, ne passa vraiment pas loin du visiteur volant qui continuait à se cogner contre toutes les parois à la recherche d’une liberté improbable.

Au troisième, mes souvenirs comme ancien troisième ligne au rugby resurgissent dans un éclair. En pleine extension, je survolais moi aussi le sol de la cabine pour saisir à deux mains le pénible à écailles. Fier de mon timing, il me fallait assurer désormais ma réception. J’avoue que je garderai longtemps le souvenir de cette vision des morceaux du verre de Ricard cassé sur lesquels ma chute inéluctable s’annonçait.

Dans un dernier réflexe, mon corps proposa que mon bras droit au supplice extrême de la douleur. Légèrement sonné et la chaleur du sang commençant à couler sous mes vêtements légers (oui ici, il faut chaud), je pus alors constater que j’avais toujours mon précieux butin entre les mains. Belle prise !!

Bon … avec le recul, j’avoue que je n’aurais pas dû prendre appuis sur la plaque électrique de la plaque de cuisson pour me relever. C’est là que j’ai lâché l’ostrogoth à nageoires dans un hurlement de sirène de pompier. Bien sûr, il en a profité pour retrouver l’océan. Je suis presque sûr de l’avoir entendu se marrer.

Je l’avais dit que je n’aimais pas manger ces animaux là !!!

Dans la vacation avec le médecin de la course, celui-ci m’a conseillé de ne manger que les plats préparés lors du départ. Il m’a indiqué aussi que le problème des manœuvres avec une seule main n’était pas de son ressort et que de lécher le sol pour récupérer un peu de Richard perdu n’était pas une bonne idée.

Du coup, je vais aller me coucher.

En espérant vous parler de nouveau bientôt.

Minage85

Le plus grand skipper virtuel en petits bassins

Tag(s) : #Chroniques

Partager cet article

Repost 0